Critique du film : Au Revoir Là-haut

Critique du film : Au Revoir Là-haut

Critique rédigée par Samantha, Clément et Yvan.

 

Lettre ouverte à mon fils Edouard

Mon cher Edouard, mon fils adoré que j’ai souvent négligé.  Je t’ai rudoyé pendant ton enfance ne pensant qu’à tes performances. Pour moi, seul le profit comptait, engranger de l’argent était mon seul horizon.  Je t’ai délaissé et pour compenser mes absences ou mon indifférence, je t’ai donné de l’argent. J’ai pensé te faire plaisir mais j’étais égoïste.  Tu avais une fibre artistique qu’il convenait de développer, de faire éclore et je trouvais cela sinon grotesque du moins sans intérêt pour une vie tournée uniquement vers les affaires.

Quand tu es parti à la guerre, je fus tout de même inquiet, torturé. Certes, tu faisais ton devoir mais j’ai commencé à ressentir des émotions plus sincères à ton endroit. Quand nous avons reçu avec ta sœur Madeleine une lettre de ton camarade Albert Maillard nous annonçant ta mort, je fus submergé par le chagrin. Certes, il fut intérieur en ce qui me concerne.Dans les valeurs qui sont les miennes, il n’est pas d’usage de montrer ses émotions ni son affliction. La lettre de ton camarade nous indiquait que tu étais décédé à la cote 113 à la suite d’un éclat d’obus. Ton camarade a eu la délicatesse de joindre tes dessins. Nous les avons regardés avec ta sœur, ils étaient très beaux, même celui me caricaturant en «  gros con ». Je l’ai trouvé très ressemblant.  En étudiant tes dessins, j’ai eu une prise de conscience, je me suis rendu compte que je m’étais comporté comme un étranger envers toi, que je ne te connaissais pas. Ta sœur m’a montré ta signature si identifiable sur chacun de tes dessins.  J’ai souhaité avec Madeleine faire la connaissance de ton camarade, Albert Maillard. Ma fille avait déjà rencontré ton ami en compagnie de cet individu antipathique, son futur mari, l’infâme Pradelle. Ta sœur l’a convié pour le dîner, il semblait agité ou confus. Il nous indiquait qu’il lui semblait connaître notre maison, tellement tu l’aurais évoquée dans les tranchées. Il m’indiquait que tu dessinais même lors des combats ! Il nous a précisé que tu faisais l’éloge de ta sœur sans discontinuer. Evidemment, quand il s’est agi d’évoquer ce que tu ressentais pour moi, la gêne d’Albert Maillard était palpable, son jugement fut plus laconique. Il semblerait que tu me trouvais «  sévère mais juste ».

J’ai décidé d’embaucher ton ami comme comptable dans l’une de mes entreprises. Puis, afin de rendre hommage aux anciens combattants, j’ai voulu financer dans son intégralité un monument aux morts. J’ai retenu le projet qui me semblait le plus abouti. Par malheur, le maire de mon arrondissement, un de mes affidés, n’avait pas songé à prendre des garanties concernant la société ou le concepteur du projet. La société n’était qu’une coquille vide. Je fus irrité et affligé devant cette arnaque certes sophistiquée mais ignominieuse.  Un détail sur le croquis sélectionné et validé par mes soins a retenu toute mon attention, on aurait dit qu’il portait ta signature.  Serais-tu revenu d’entre les morts ? A-t-on affaire à un imposteur de génie ? Afin de démêler les fils de cet écheveau, j’ai décidé de faire appel à Pradelle sur le point de tomber de Charybde en Scylla. Il fut surpris de mon choix mais je lui ai assené que seule une ordure pouvait retrouver une autre ordure. Pradelle a fini par retrouver le coupable qui logeait à l’hôtel Lutetia. J’ai pu m’introduire dans la chambre de cet individu, il portait une sorte de masque assez singulier.  Je lui ai indiqué que j’avais été l’une des victimes de ses arnaques mais que cela m’était indifférent. Je lui ai montré ta signature en lui demandant des éclaircissements. Nous nous sommes toisés et, là, en un instant, tout s’est illuminé. La signature de l’imposteur ressemblait à celle de mon fils car c’était toi mon fils. Je fus envahi par l’émotion.

Je t’ai dit que j’étais fier de toi, que je l’avais toujours été, que je n’avais sans doute pas été un bon père. Je te demandais de me pardonner car j’avais pris conscience de tout l’amour que je te portais et de ta valeur qui était grande. Des larmes coulaient sur ton masque et nous nous sommes pris dans les bras l’un de l’autre. Je t’ai demandé pardon et, en me serrant contre toi, j’ai compris que je l’avais obtenu. Nous fumes pris par l’émotion mais, dans un geste de désespoir, tu as couru et tu t’es jeté par-dessus le balcon.

En te parlant, c’est comme si j’avais racheté un peu mes fautes et mes offenses passées, cela a mis un peu de baume sur mes plaies.

Je t’aime, Edouard.