Critique du Film : Carré 35

Critique du film Carré 35 par l’intégralité de la classe 1BPMS2

 Une nouvelle enquête du lieutenant Columbo. 

 Un jour, nous avons vu débarquer la vieille voiture du Lieutenant Columbo, il en est sorti avec son pardessus râpé pour aller à la rencontre de la mère du réalisateur Éric Caravaca. Le lieutenant a accepté de venir en France pour aider Éric Caravaca et les autorités à percer un mystère vieux de plusieurs décennies.

Comme au début de chaque épisode, l’identité du coupable était connue du spectateur mais ici elle était un peu différente, il s’agissait d’un non-dit familial qu’il convenait d’élucider.

  • Bonjour Madame, j’aimerais vous interroger à propos du destin de feu votre fille Christine.

La maman du réalisateur, rassurée par l’apparence débonnaire du Lieutenant, se mit à livrer quelques détails :

  • « Ma fille était très affectueuse […], elle avait un souffle cardiaque ».

Le diagnostic initial de cette femme laisse le lieutenant dubitatif et songeur.  En effet, la maman du réalisateur avoue sans ambages qu’elle a procédé à la destruction de toutes les photos de sa fille. Cette pratique paraît bien singulière, comment garder la mémoire des morts ? si peu de souvenirs matériels vous rattachent à elle.  Mais la mère a une explication limpide :

  • « je n’aime pas revenir en arrière ».

Le lieutenant Columbo décide de visionner de vieux films de famille pour comprendre la genèse des événements.  Les parents du réalisateur se marient à Casablanca à la fin des années 1950. La petite Christine va naître au début des années 1960.  Le lieutenant interroge aussi le réalisateur parti à la recherche des origines d’une sœur inconnue. En l’interrogeant, il constate qu’il s’est rendu dans un cimetière en Suisse, à la recherche du carré enfants. Le Lieutenant, qui sonde les âmes depuis des décennies, constate que le réalisateur a réalisé un petit film à la naissance de son propre fils.  La logique des hommes est parfois fort rationnelle se dit-il en son for intérieur.  Dans le cas de sa sœur, toutes les traces de son passage sur terre semblent avoir été effacées, dans son cas personnel, il ne veut pas reproduire le même schéma et veut laisser des traces pour la postérité. Le lieutenant poursuit son enquête. Il se gratte la tête en se penchant sur l’état civil des parents d’Éric Caravaca. Ils sont nés au Maroc mais un petit détail perturbe Columbo. La maman du réalisateur s’est fait appeler  Germaine, puis Catherine, alors que son vrai prénom est Angela. Columbo était songeur, que cachait cette femme en apparence inoffensive ? Le réalisateur donne à Columbo le livret de famille afin de percer ce mystère.  Columbo constate que les prénoms des parents ont été modifiés : Le prénom du père, Gilberto, est devenu Gilbert et le prénom initial de la mère, Angela, est devenu Angèle.

La présence de leur première fille Christine est bien mentionnée sur le livret mais la page a été tachée et dégradée. Cette enfant est décédée le 24 septembre 1963. Columbo consulte d’anciens passeports des parents. Au moment de la mort de leur fille, le Lieutenant constate des départs soudains et inexpliqués. S’agissait-il d’un meurtre qu’il convenait de maquiller en mort naturelle ? S’agissait-il d’un non-dit familial si honteux ? Les parents, semble-t-il, n’étaient pas auprès de leur fille au moment du drame. Columbo multiplie les questions à l’attention du réalisateur :

  • « Monsieur, vous souvenez-vous d’un détail qui pourrait m’éclairer, notamment d’un incident familial qui se serait produit à la même époque ? »
  • Oui, Lieutenant, mon oncle, le frère de ma mère appelé Francesco,a été transporté à l’hôpital à la suite d’une noyade. On ne l’a jamais revu. La famille se trouvait à Majorque.

Le Lieutenant revient questionner la maman du réalisateur sur les causes de la mort de sa fille.  La maman évoque la maladie bleue. Columbo fait venir des experts auprès de lui car il ne connaît pas les fondements de cette maladie.Elle est associée à une maladie chromosomique.  La maman, devant les analyses des experts, craque et fond en larmes.

  • Oui Lieutenant, « elle était normale, elle allait chercher son biberon ».

La maman évoque une anormalité liée à un problème cardiaque.  Le Lieutenant poursuit son interrogatoire :

  • « Où est-elle enterrée, madame ? »
  • « Au cimetière français à Casablanca ».

La mère apporte une précision supplémentaire, sur la tombe de son enfant il y aurait une photo de Christine.

Columbo et le réalisateur mènent l’enquête conjointement.  Les parents d’Éric sont nés en 1935 avec la double nationalité franco-marocaine.  Ils vivent au Maroc mais doivent se résoudre à quitter le pays un an avant son indépendance.  Leur première fille Christine naît en 1960.  Ses parents partent pour l’Algérie mais ils doivent à nouveau partir (pour rejoindre la France) à la suite de l’indépendance de ce pays. Christine décède en 1963. Les deux fils vont naître peu après.

Columbo, dont l’enquête progresse, continue de tirer le fil de la pelote et décide de se rendre au Carré 35 du cimetière français de Casablanca. En dépit de leurs premières recherches, il est impossible de cerner l’emplacement du carré 35. Les deux enquêteurs cherchent tous les deux l’emplacement et à présent, le caveau des grands-parents censé être à proximité de celui de la sœur d’Éric.

Ils finissent par retrouver la tombe mais la photographie de la petite fille ne s’y trouve plus. Columbo et Éric finissent par discuter de littérature, et notamment du roman de Laurent Gaudé, La porte des enfers. Le parallélisme entre les deux situations est évident puisque au cœur des deux existences (personne d’Éric et personnage de littérature), il y a la mort d’un enfant. Comment vivre avec ce poids, cette absence, ces regrets, comment ne pas tout faire pour imaginer une vie avec lui ? Éric est plongé dans un chaos intérieur, Columbo s’en rend compte.

Il est temps de chasser tous ces démons intérieurs pour revenir au réel. La tombe de Christine est entretenue, alors que ses parents ne s’en sont jamais occupée… Un mystère de plus…

La petite histoire a un écho avec la grande.  La France préfère oublier ses anciennes colonies, ne pas procéder à un examen critique des méfaits de la colonisation ou du protectorat pour le Maroc. Les blessures sont encore vives, il convient de ne pas les entretenir. Une attitude collective fait écho à une attitude individuelle dans le drame qui nous occupe. La maman d’Éric a préféré passer sous silence un passé qui ne passe pas. Columbo ne s’en laisse pas conter, persévère, trouve le numéro de téléphone de la dame qui s’est occupée de la tombe de Christine. Elle confirme la présence initiale de la photo sur le caveau.

Columbo retourne en France et va interroger le père d’Éric.  Le père donne une nouvelle version à Columbo, sa petite fille serait décédée à l’âge de quatre mois. Mais il livre une information que le lieutenant de police attendait, Christine était trisomique.  Il indique à son fils que cette nouvelle « a beaucoup touché maman ». Les fils de cette ténébreuse affaire semblent se dénouer quelque peu. La maman d’Éric, selon Columbo, avait honte d’avoir donné naissance à une fille trisomique, surtout dans une société des années 1960 qui n’avait pas fait sa mue. Columbo voit son interlocuteur faiblir et défaillir. Il lui en demande les raisons. Le photographe lui avoue qu’au moment de la première échographie de son fils, il a eu très peur, une peur enfouie au plus profond de lui-même. Il ne résistera pas au souhait de faire des petits films de son fils. Volonté de destruction ou d’absence de témoignages d’un côté, volonté de multiplier les clichés et les films de l’autre pour se souvenir. Columbo pense à haute voix :

  • « décidément on ne peut pas guérir de son enfance, c’est ce que disait ma femme l’autre jour ».

Mais les réflexes de la maman d’Éric semblent immuables, alors qu’il a baptisé son fils Balthazar, sa maman s’obstine à l’appeler François. Le culte du secret, de la dissimulation, des vérités partielles…

Le père d’Éric décède.  Columbo décide d’élargir ses recherches à d’autres membres de la famille dont le cousin d’Éric, Jean-François.  Ce dernier a vécu avec la jeune Christine. Jean-François aimait jouer avec elle mais un jour, alors qu’il décide d’aller jouer avec elle, son corps était froid.

Columbo, à l’aide de Jean-François, est enfin parvenir à cerner l’écheveau des événements.

Pendant neuf mois, la mère d’Éric attendait avec sérénité la venue d’un enfant, or, lorsque cet enfant vient au monde, le corps médical lui annonce qu’il est, je cite, « mongolien ». Les parents sont sous le choc et décident de partir à Alger. Il s’agissait, consciemment ou non, de faire le vide autour d’eux pour s’occuper de leur fille à l’abri des regards indiscrets. La mère de Christine espérait sans doute secrètement un miracle sous la forme (certes naïve) d’une amélioration de l’état de leur fille. Mais l’enfant garde le silence et est différente des autres enfants. L’Algérie connaît de violents soubresauts et la famille doit à nouveau déménager. Les parents rentrent en France, tandis que la petite fille a atteint l’âge de trois ans. La maman d’Éric tombe en dépression. La petite Christine est envoyée chez sa tante au Maroc. Six mois plus tard, la petite est retrouvée morte par Jean-François.

Ce décès correspond également à la fin de la présence coloniale française. Tout semble s’effacer inexorablement.

Les parents d’Éric auront donc deux enfants.  Mais le Lieutenant Columbo, fidèle à sa réputation, pense que d’autres causes que la honte et le regard des autres expliquent l’attitude de la maman. Il va la questionner une dernière fois.  La maman de sa maman est décédée alors qu’elle-même n’était qu’une enfant, on ne le lui a pas dit. Elle ne l’a su qu’à l’âge de 13 ans. Sa maman a donc reproduit un schéma qu’elle avait connu enfant : pudeur, dissimulation, égard à l’attention des enfants. Toutes ces attitudes sont nobles mais paraissent désuètes à une époque où l’on recherche une quête de sens et, surtout, à reconstituer l’intégralité de son arbre généalogique.

La mission de Columbo est terminée, le réalisateur a retrouvé la maison au sein de laquelle sa sœur est décédée et a retrouvé des archives de famille : la photo de sa sœur Christine en faisait partie et a pu être remise sur sa tombe à Casablanca. Sa mère vient s’y recueillir, comme une forme d’apaisement enfin retrouvée à la fin de son existence.

C’est ma femme qui va être contente quand je vais lui raconter cette belle histoire songe Columbo en regagnant les Etats-Unis.