Critique du film : Petit Paysan

Critique du film Petit Paysan

Critique rédigée par l’intégralité de la classe 1BPMS2.

Le premier plan du film Petit paysan donne le ton.

Pierre, le héros du film, se réveille brutalement.  Il est agriculteur.  Les vaches de son exploitation se trouvent au milieu de son salon. La sonnerie de son radio-réveil retentit. Pierre avait fait un cauchemar. Cette première scène peut être qualifiée de parabole. Pierre et ses vaches forment un couple à la vie et à la mort, pour le meilleur et pour le pire.

Pierre va mettre au monde un petit veau.  Mais cette naissance qui apporte de la vie et de l’espoir va être ternie par l’apparition d’une maladie chez l’une de ses vaches appelée Topaze.  Pierre, instinctivement, sent que cette vache est frappée d’une grave maladie.  Il contacte sa sœur qui est vétérinaire. Elle minimise la gravité des faits mais son diagnostic ne parvient pas à le convaincre. Devant son insistance, elle se résigne à faire venir les services vétérinaires pour le lendemain. Pierre est obsédé et angoissé à l’idée que l’une de ses vaches soit atteinte de la célèbre maladie FHD. Il se renseigne sur INTERNET, en visionnant une vidéo sur YOUTUBE. Un agriculteur belge y apporte son témoignage, ses vaches ont été décimées par ce fléau.

Ne parvenant pas à fermer l’œil et voulant en avoir le cœur net, il va vérifier l’état de santé de sa vache au milieu de la nuit.  Elle est malade, son œil est injecté de sang, et lorsqu’il lui passe la main dans le dos, le diagnostic ne peut plus être nié : sa main est pleine de sang.

Pierre va tuer sa vache à l’aide d’une masse. Il la transporte au moyen d’un tractopelle, puis creuse un trou, l’y insère et met le feu pour faire disparaître toutes les traces.

Le lendemain, il présente une autre vache à l’expert dépêché spécialement sur place. Pour que la substitution soit efficiente, il avait pris soin de détacher le numéro d’identification de sa vache malade pour l’insérer dans l’oreille d’une vache saine.

Le stratagème fonctionne auprès de l’expert mais pas de sa sœur qui le met en demeure de se dénoncer.  Elle lui laisse un délai puis accepte de le couvrir, sous réserve qu’une autre de ses vaches ne vienne pas à tomber malade.

Pierre suit les protocoles de manière rigoureuse et prend la température de ses vaches qu’il consigne sur un carnet.  Mais pour parer aux nombreuses questions de la personne chargée du contrôle vétérinaire, il va déclarer la perte de sa vache à la gendarmerie.  Il se rend coupable de faux témoignage en prétendant qu’elle s’est sauvée. Le gendarme n’est pas dupe mais pour acheter la paix sociale et par intérêt personnel, il accepte d’enregistrer la plainte de Pierre.

Pierre se sent oppressé et étouffé par ses parents. Il leur offre un séjour en Corse mais doit insister, en raison des réticences de sa mère.

La présence d’une amoureuse à ses côtés aurait pu atténuer ses souffrances mais Pierre refuse les avances pourtant explicites de la boulangère.

Une autre vache de Pierre est touchée par la maladie. Pierre, ayant écarté ses parents, doit faire face à la présence voire l’omniprésence de ses amis.  Il doit faire disparaître son autre vache malade avant l’arrivée de ses amis à son domicile.  Il tue la vache à l’aide d’un fusil puis se rend au Bowling.

Il est d’humeur massacrante. Il rentre avant les autres, non sans s’être brouillé avec ses camarades.

Il revient donc à la ferme et observe le triste spectacle de la vache morte sur le sol. Selon un procédé éprouvé, il récupère son numéro d’identification, va la faire disparaître cette fois dans la fosse à purin en y répandant de la chaux.  Pour masquer son forfait, il va dérober une vache chez l’un de ses voisins afin que sa sœur ne mette pas ses menaces à exécution.

Pierre a des plaques dans le dos, il se gratte de plus en plus.

Le journal télévisé évoque la multiplication des cas de FHB à travers la France et l’Union Européenne.

L’étau se resserre autour de Pierre car la disparition d’une vache chez son voisin parvient aux oreilles de sa sœur. Elle comprend la situation dans laquelle se trouve son frère.  Elle décide d’autorité d’effectuer des tests auprès de toutes ses vaches.  Son verdict est sans appel, « c’est terminé Pierre »assène-t-elle à son frère.

Pierre, pris par l’enchaînement des événements et leur issue inéluctable, tente de retarder les échéances.  Il s’enfuit avec l’ensemble de son troupeau à destination de la Belgique. Il part rejoindre un ancien éleveur dont il avait visionné le témoignage sur YOUTUBE.  Il arrive chez ce dernier, lui demande s’il a touché ses indemnités. L’ex-éleveur lui répond par la négative et lui fait visiter son étable vide.  Il accepte de prendre les vaches malades chez lui, sous réserve qu’ils tournent une vidéo sur YOUTUBE pour faire le maximum de publicité sur la détresse des éleveurs.  Pierre, de son côté, exprime des réserves car il recherche plutôt la discrétion.

Il prend la seule décision rationnelle en décidant de rentrer en France. Il traverse une partie du pays avec son semi-remorque. Pierre rentre enfin, jette le lait de ses vaches.

Les messages téléphoniques se succèdent : de sa mère éplorée qui est en Corse, de son ami Fabrice prêt à racheter ses terres. Le lendemain, la gendarmerie encercle sa propriété.  L’expert chargé de procéder à l’enlèvement des vaches lui laisse faire une dernière traite.  Le petit veau est chez lui, sur son canapé. Pierre, la mort dans l’âme, lui administre une piqûre.

Toutes les vaches sont enlevées. Pierre passe une première nuit sans ses animaux. Son dos commence à cicatriser. Pierre sort de chez lui, toise une vache d’un voisin puis s’éloigne, le cœur lourd.

Notre professeur a souhaité nous faire visionner les documentaires de Raymond Depardon, Profils paysans et de Christophe Agou,Sans adieu (visionné par la classe au cinéma UGC-Majestic le mercredi 13 décembre 2018).

Le film Petit Paysan n’est pas à proprement parler un documentaire. Le héros du film, Pierre, vit à son époque par certains aspects, il possède une connexion INTERNET qui lui permet d’entretenir un lien avec le monde.

Il visionne des vidéos sur YOUTUBE, il n’est pas déconnecté vis-à-vis de ses contemporains sur le plan des nouvelles technologies mais de son mode de vie.  Les paysans interrogés par Raymond Depardon et par Christophe Agou semblent appartenir à une période révolue : ils sont comme des serfs attachés à la glèbe. Une vie sans distraction, entièrement dédiée aux bêtes dans une existence qui semble cadenassée. Dans le documentaire de Christophe Agou, ces paysans  vieillissants se débattent, parfois dans le dénuement le plus total, soit pour joindre une assistance sociale, soit pour joindre un conseiller financier. L’une de ces paysannes finit même par dormir dans sa voiture au milieu des poules. Le point commun entre ces trois films montre la dichotomie entre le secteur rural et le reste de la société. Une vie de labeur, une vie dans laquelle l’entourage (la famille, les voisins) joue un rôle prépondérant. Une vie marquée par la tristesse et finalement par un destin funeste.

Les paysans ont connu de multiples bouleversements, notamment en raison de la politique agricole commune. Le but était de produire dans une course au gigantisme toujours plus folle. Aux oubliettes les petites exploitations familiales, les éleveurs, l’agriculture à taille humaine. Le film Petit Paysan nous touche car nous appartenons à un département rural, la Seine-et-Marne. Nous avons été une nation de paysans et, aujourd’hui, à travers le drame de Pierre, c’est comme si toute la France paysanne était à terre, victime d’un système qui atteint ses limites…