Une représentation théâtrale autour de la Grande Guerre

Mme JACQUET, Présidente du Souvenir Français de Meaux et conseillère municipale aux cérémonies patriotiques,et le Président du comité de la Voie Sacrée et de la liberté  et Maire de Bezonvaux, M. MICHELET, ont financé la venue à Meaux de cette troupe de théâtre baptisée « act’en folie ».

La représentation concernait des élèves issus d’une école Primaire et des lycéens, afin de sensibiliser le jeune public sur le rôle des femmes durant la Première Guerre mondiale.

Cinq comédiennes ont évoqué, soit à tour de rôle soit en dialoguant, la nouvelle place des femmes durant ce conflit : Graziella LEROY, Sylvie MACQUART, Stéphanie MARCHAL, Hélène BONJOUR et Charlotte BOIVIN.

L’attente des courriers de leurs maris respectifs était une préoccupation quotidienne pour ces femmes. A travers cette lecture, on perçoit le rôle de la censure (très stricte au sein des Armées) appliquée pour ne pas obérer le moral des Français.

Il convient également d’évoquer les problèmes liés à la laïcité car, même après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, dans certains villages, les habitants étaient attachés à la présence d’un crucifix dans les classes. Les instituteurs défendaient la stricte application de la loi et le respect de la laïcité ; des compromis devaient donc être trouvés comme une photo du Président de la République apposée au mur masquant la moitié du crucifix en question.

Par ailleurs, il convient de mentionner des difficultés liées à la présence ou plutôt l’absence de soldats tués durant la guerre sur les monuments aux morts : le Maire (en raison de rivalités liées à la richesse de tel ou tel habitant, d’une vengeance, d’un instituteur défendant la laïcité tombé au front alors que lui-même était fervent catholique) pouvait empêcher la mention du nom de tel ou tel soldat de sa ville ou de son village.

Toutes les comédiennes se sont mises à interpréter des chansons datant de cette époque : Elles, la Madelon, la valse bleue horizon, les tourneuses d’obus. A travers ces chansons, les comédiennes ont évoqué  certaines problématiques d’une autre manière, peut-être plus accessibles pour les élèves.

Au sein d’un PEAC (parcours d’éducation artistique et culturelle ) consacré à la Première Guerre Mondiale, des élèves du lycée BAUDELAIRE en section Métiers de la sécurité (2BPMS1 et 1BPMS2) ont assisté à la pièce de théâtre « Femmes de poilus ». Cette représentation s’est déroulée au sein de l’auditorium du Musée de la Grande Guerre, le vendredi 16 février 2018.

Lors de courtes scènes, puis de scènes plus longues, les élèves ont pu appréhender les nouvelles fonctions dévolues aux femmes : agricultrices, ouvrières, tenant avec les hommes non mobilisés l’économie française avec détermination et constance.  De nombreuses régions françaises furent évoquées tout au long de la pièce de théâtre.

Des problèmes quotidiens ou des injustices surgissaient de manière perpétuelle : comment faire venir un instituteur dans un petit village pour organiser la permanence de l’école publique ?  Les différences de rémunération dans les usines entre les hommes et les femmes ? Comment décrypter les nouvelles dans la presse annonçant systématiquement de bonnes nouvelles sur le front armé, alors que la réalité était plus nuancée ? Comment maintenir à flot une exploitation agricole, alors que la plupart des chevaux étaient réquisitionnés pour l’armée de terre ? Comment entretenir le moral d’un mari, tout en occultant la réalité de ses problèmes quotidiens à la ferme ou à l’usine ? Comment accepter que leurs enfants à peine sortie de l’adolescence partent sur le front ?

La pièce de théâtre s’est achevée d’une manière moins sombre avec la naissance d’un enfant symbolisant le retour à la vie après une effroyable boucherie ayant causée 1,4 million de morts en France. Une comédienne octogénaire (Charlotte BOIVINS) s’est mise à jouer de l’accordéon puis à entonner une berceuse.  Elle représente un symbole, celle d’une image transgénérationnelle et d’une solidarité entre des femmes de tous les âges durant ce conflit terrible.

A la fin de la représentation, l’une des comédiennes, Mme Graziella LEROY, a lu un texte à l’attention du jeune public en opérant un parallèle entre le passé et le présent. Elle a démontré avec pertinence et clairvoyance la concomitance des problématiques d’hier et aujourd’hui : la laïcité, la propagande(hier à travers la presse écrite, aujourd’hui à travers les réseaux sociaux ou venant d’une presse peu pluraliste), la censure(aujourd’hui certes de manière plus insidieuse), les problèmes pour enseigner dans les zones rurales à un siècle de distance, les différences de rémunération entre les hommes et les femmes(qui s’atténuent mais qui sont toujours une réalité), l’arbitraire de certaines décisions.

Il convient d’indiquer qu’à l’issue de la Première Guerre mondiale, la situation des femmes est revenue à un statut quo ante.  Les femmes n’allaient pas obtenir le droit de vote à court terme, les différences de salaire allaient perdurer à un niveau abyssal, la répartition « traditionnelle » du rôle de l’homme et de la femme au sein du foyer reprenait son cours.

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Je tiens à remercier toutes les comédiennes car chacune d’elles a interprété  son rôle d’une manière juste et attachante au service d’une cause juste : la reconnaissance que la Nation doit porter à l’attention des femmes durant le premier conflit mondial.

Sébastien LUCARELLI, Professeur de lettres-histoire et référent-culture du lycée Baudelaire.