Sortie Ciné avec les élèves du Lycée

Le vendredi 12 mai 2017, des élèves se sont rendus au ciné-club à l’UGC-Majestic de Meaux pour voir le film Citoyen d’honneur en compagnie de l’auteur de ces lignes, du CPE M.Diot et de son épouse.

Je tiens à remercier les trois élèves issus de la seconde Métiers de la sécurité (2BPMS2) et deux élèves issus d’une classe de terminale Gestion-Administration (TGA1).

Il s’agit d’un film hispano-argentin.

Le synopsis

Daniel MANTOVANI, un écrivain à succès, vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Au cours d’une cérémonie que l’on peut qualifier d’ampoulée, l’écrivain tente de briser les codes, en avouant certes sa reconnaissance mais aussi son irritation devant cette consécration. Il est devenu un écrivain choisi par ses pairs devant un aréopage prestigieux mais il ne goûte guère les propos sentencieux.

Il conclut son discours en indiquant qu’il ne va plus écrire -puisqu’il vient de remporter la consécration suprême-,  s’attirant d’abord une indifférence polie avant de recevoir une ovation chaleureuse.

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On retrouve l’écrivain dans une superbe villa bunkérisée- en Espagne- à l’abri des regards indiscrets. Une collaboratrice dévouée s’occupe de son agenda – surtout d’éconduire la plupart des importuns-, des sollicitations nombreuses y compris celles de son éditeur. Ce dernier attend avec angoisse le prochain roman du célèbre écrivain, mais celui-ci n’a plus d’inspiration et indique à sa collaboratrice que son éditeur pourra publier un florilège de ses discours et conférences prononcés dans le monde entier.

Sa désinvolture est donc totale et ses réponses goguenardes ne laissent guère de place au doute. Daniel compte se replier sur lui-même en se pliant certes à des obligations mais minimales.

Une lettre  de sollicitation se distingue des autres ; elle provient du village de Salas (en Argentine), ville dont l’écrivain est originaire mais qu’il a quittée il y a près de quarante ans ! Daniel donne une réponse négative lors de la demande de sa collaboratrice puis alors que cette dernière s’est retirée, l’appelle pour lui demander de revenir toutes affaires cessantes.  Daniel, lors de leur entrevue, lui demande de réserver quatre jours dans son agenda pour se rendre à Salas et par conséquent d’annuler tous ses rendez-vous. D’abord interloquée, sa collaboratrice y consent tout en souhaitant faire partie du voyage. La réponse de l’écrivain est péremptoire et négative. Sa collaboratrice consent à obtempérer, non sans lui avoir fait de multiples recommandations (notamment ne pas aborder les sujets liés à la politique et à la religion).

Le film à cet instant se découpe en chapitres, ce qui questionne le spectateur.

Alors que Daniel MANTOVANI souhaite effectuer ce retour au pays natal dans la plus grande discrétion, un membre de l’équipage de son vol mentionne sa présence avec une fougue démonstrative.

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Une fois arrivé sur place, il s’attend à une escorte prestigieuse à l’aéroport. Las, un habitant est venu à sa rencontre avec une voiture marquée par une forte obsolescence.  Le trajet n’est guère plaisant, le conducteur indique à son illustre passager qu’il prend un raccourci pour réduire d’une heure la durée du voyage. De manière impromptue, le conducteur -que l’on peut qualifier de simple d’esprit- voit sa roue éclater, ne possède pas de roue de secours ;  les deux personnages sont donc obligés de passer la nuit dans la voiture ! Le lendemain, un habitant inquiet de ne pas les voir arriver va à leur rencontre et finit par les secourir et les amener à destination.

Daniel dépose sa valise à l’hôtel qui, il faut l’avouer, n’est pas d’un standing très élevé.

Sa première visite sera à l’attention d’un ancien camarade qui se trouve être le maire de la ville.

Celui-ci souhaite marquer l’entrée de son illustre invité dans la ville d’une manière flamboyante en le faisant défiler sur le car des pompiers. Daniel est obligé de se plier à cette demande.

Le soir, lors d’une cérémonie rassemblant de nombreux habitants du village, Daniel répond à des questions des lecteurs de la ville. Il convient de préciser que toutes les intrigues de sa longue œuvre littéraire campent les habitants de sa ville d’enfance d’une manière très particulière.

Une jeune lectrice d’une vingtaine d’années lui pose une question caustique. Daniel prétend lors de ses échanges que le mythe de l’écrivain torturé appartient à une autre époque, cite à l’appui de sa thèse la vie de  l’écrivain argentin Jorge Luis BORGES. Sa lectrice lui fait remarquer qu’il tient le discours inverse dans de nombreux livres mais Daniel dément tandis que la conférence s’achève.

Il est fait citoyen d’honneur de la ville, ce qui pour le maire constitue la plus grande des distinctions.

Il est chaudement applaudi par le public dont la plus grande partie n’a pas lu son œuvre.

Daniel doit se plier à de multiples obligations comme participer à un jury pour distinguer des peintures élaborées par des notables locaux toutes plus grotesques les unes que les autres. Il écarte sans ménagement ce qu’il considère comme un outrage à l’art mais il néglige parfois de mettre les formes et l’une des personnes dont le tableau a été écarté proteste avec véhémence.

La jeune fille qui l’avait interrogé frappe à sa porte de chambre d’hôtel, lit un passage d’un livre de l’écrivain confirmant ses dires. Puis elle se jette sur lui et se met à l’embrasser fougueusement. Comme il est sexagénaire, il tente de la raisonner mais les deux amants d’un soir passent la nuit ensemble.

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Daniel doit aussi faire face à son passé, il retrouve son ancienne petite amie abandonnée lors de son départ pour l’Europe qui s’est mariée avec un ami commun. Elle fait le premier pas, vient le retrouver dans le hall de son hôtel, puis lui fait faire un tour en voiture. Les anciens amants s’embrassent furtivement, sans doute pris de mélancolie.

Le soir, son ami et son ancienne dulcinée -Nuria- l’ont invité à dîner.   Alors que Daniel raconte le début de sa rencontre avec cette beauté sublime, on frappe à la porte, la fille de son ancienne fiancée et sa maîtresse d’un soir ne sont qu’une seule et même personne.  Daniel parvient à peine à masquer son trouble.

Avant le repas, son ami embrasse ostensiblement sa femme devant l’écrivain pour bien lui montrer qu’elle a tourné la page et qu’elle est heureuse avec lui maintenant.

Daniel doit « affronter » de nombreuses sollicitations de la part des habitants du village. L’un est persuadé qu’il s’est inspiré de son père dans un roman et l’invite à déjeuner fermement. Devant le refus de Daniel, il lui indique qu’ils se verront bien comme convenu pour le déjeuner laissant l’écrivain interloqué.

Puis dans le hall de son hôtel, un homme demande audience avec son fils tétraplégique. Il demande près de 10 000 dollars à Daniel pour acheter un nouveau fauteuil en jouant sur la corde sensible : cela va changer la vie de son fils, alors que cette somme hors d’atteinte pour lui n’est qu’un pourboire pour Daniel. L’écrivain refuse, argumente, tente d’avancer des arguments rationnels et éconduit tant bien que mal le solliciteur audacieux.

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Le maire, dans sa volonté de complaire à cet hôte si illustre, lui fait même ériger une statue.

Mais la tension déjà palpable va devenir paroxystique. Son ancienne dulcinée apprend que Daniel a eu une aventure avec sa fille et condamne son attitude. Il croise l’homme qui lui avait proposé d’être son commensal, celui-ci insiste pour remettre le repas, reparle de feu son père présent dans les romans de l’écrivain et lui demande d’honorer son invitation. Daniel, cette fois, abandonne les propos diplomatiques, argumente et finit par le congédier brutalement et sans ménagement.

Alors qu’il préside le jury de l’exposition de peintures et que le maire lui a demandé de réintégrer dans la sélection des œuvres préalablement écartées dont une représentant le Pape François, Daniel prend la parole.  Son discours est tout sauf politiquement correct.  Il indique avoir cédé à la pression pour le choix des œuvres présentées, l’un des auteurs d’une toile le tance publiquement puis le menace, lui jette de la nourriture et des projectiles à la figure avec son entourage.  Son détracteur n’est autre que le Président de l’association des peintres de Salas. Pour ce dernier, il s’agit d’une humiliation publique de la part d’un notable occidentalisé, méprisant et hostile à sa culture d’origine.

Le pugilat s’installe, l’écrivain doit se mettre à l’abri. On ceinture puis on écarte les perturbateurs mais la soirée est annulée et Daniel doit sortir par une porte dérobée.

Sa statue a été dégradée ce qui montre le climat d’hostilité qui monte dans la ville à son endroit.

En compagnie de son ami Antonio qui vient le chercher, ils finissent la soirée dans un bar que l’on peut qualifier de douteux avec des femmes légèrement vêtues et peu romantiques. Antonio  qui revendiquait la force de son amour pour sa femme demande à une jeune femme de le rejoindre et l’embrasse sensuellement à pleine bouche sous le regard dubitatif de Daniel.

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Alors qu’il rentre à son hôtel, il trouve son amante de passage d’au moins une quarantaine d’années sa cadette sur son lit se tenant dans une position lascive. Il lui demande de quitter les lieux sur un ton qui ne supporte pas la contradiction.

Au milieu de la nuit, on frappe de nouveau à sa porte, il pense que c’est la jeune femme qui revient mais que nenni, c’est son ami qui se présente dans un état d’ébriété avancé et s’affale littéralement sur son lit…..

Le lendemain, alors qu’il croise son ancienne fiancée inquiète car son mari a découché, elle lui livre le fond de sa pensée. Elle l’accuse d’avoir campé tout au long de son œuvre littéraire les habitants de Salas comme des péquenauds, des rustres, des simples d’esprit. Il tente de contre-argumenter en lui indiquant que ce n’est que pure fiction mais elle le coupe sèchement ; elle connaît, en effet, tous les ressorts de sa psychologie. Il est temps de tomber les masques, les postures, les impostures, de ne pas aligner de longs discours pour masquer un réel qui se conjugue avec du fiel.

Pour elle, les habitants ne sont que des pions pour alimenter la machinerie littéraire de l’écrivain.

La tension est oppressante, alors qu’il doit encore remplir des obligations pour le lendemain (qui est le dernier jour de son séjour), son amie lui conseille de partir précipitamment. Il devait en effet participer à une chasse aux sangliers mais il pourrait prendre une balle perdue. Hélas, alors que son ancienne fiancée doit le mener à l’aéroport, sa voiture tombe en panne. Elle promet de venir le chercher à la nuit tombée avec un autre véhicule, une camionnette. A la nuit tombée, Daniel règle sa note, non sans avoir félicité l’employé qui tient l’accueil pour la qualité de ses nouvelles qu’il s’engage à faire publier. Il attend devant l’hôtel mais au lieu de Nuria se présentent son mari et des amis à lui pour la chasse au sanglier. L’atmosphère devient pesante, il monte dans la camionnette en compagnie du fiancé de son amante d’un soir et fille de son « meilleur ami ».  On l’amène dans un champ, Antonio lui tire dans les pieds pour le terrifier, pour qu’il « détale » comme un lapin. Daniel reçoit une balle et s’écroule. C’est le fiancé victime d’un cocufiage qui a tiré la balle.

Quelques instants s’écoulent qui semblent une éternité. Les spectateurs pensent à l’unanimité que Daniel a été touché mortellement et que l’on va assister à ses obsèques.

Je me retourne et regarde les élèves qui retiennent leur souffle, l’inquiétude est réelle.

On aperçoit Daniel MANTOVANI -de retour en Europe-  lors d’une conférence de presse pour présenter son dernier livre à la presse.   Il relate dans son livre l’intégralité de son séjour à Salas. On se doute qu’il n’a pas campé les habitants d’une manière positive. Ses yeux se fondent sur la foule de journaliste. Il permet qu’on lui pose une dernière question : est-ce la réalité ou est-ce de la pure fiction ?

A cet instant, d’un geste théâtral, l’écrivain déboutonne sa chemise et montre la cicatrice laissée par la balle…. Sa démonstration est imparable.

Un habitant de Salas a tenté  sans succès de le tuer avec une balle. Alors qu’il était en panne d’inspiration, il a fait mine de retourner aux sources, non par amitié ni par amour -n’ayant même pas assisté aux obsèques de son père quelques années plus tôt- mais par pragmatisme pour relancer sa carrière. Les mots tuent plus parfois dans la réalité et le cynisme l’a emporté. Quand la conférence de presse s’achève, ses yeux étincellent……

Les élèves présents ainsi que le CPE et son épouse ont beaucoup apprécié ce film pourtant en version originale sous-titrée.  Il campe une forme de réalité d’un écrivain qui tel, un vampire, s’empare de vies innocentes dans la plus totale indécence. La gloire permet à Daniel MANTOVANI  de relancer sa carrière qui s’annonçait moribonde avec des moyens peu scrupuleux. Un enfant du siècle ?

Sébastien Lucarelli – Référent culture du Lycée Baudelaire